Le général Charles de Gaulle et la Normandie

Sépulture du général de Gaulle, de son épouse, Yvonne, et de leur fille, Anne, à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne)Il y a 50 ans jour pour jour, le 9 novembre 1970, le général de Gaulle décédait subitement dans sa demeure familiale de la Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises. Retiré de la vie politique depuis le 28 avril 1969, l’homme du 18 juin 1940 entretenait avec la Normandie des relations particulières, évidemment liées aux soubresauts de l’Histoire, mais aussi dues à des attaches familiales.

[Durée de lecture : 3 minutes] L’heure de la retraite venue, Henri et Jeanne de Gaulle, parents du Général, s’établissent en 1921 à Sainte-Adresse, à côté du Havre, au domicile de leur fille, Marie-Agnès, situé au 4, rue Palestro. Henri de Gaulle s’y éteint le 3 mai 1932 et est inhumé dans le cimetière de la commune. Jeanne de Gaulle décède pour sa part à Paimpont, le 16 juillet 1940, alors que la France est à genoux et que la voix de son fils exhorte depuis Londres les Français à la Résistance. Son corps sera finalement amené à Sainte-Adresse en 1949 et enterré aux côtés de celui de son époux. Le Général assistera à la cérémonie et écrira peu après, dans une lettre adressée à sa sœur : « J’éprouve une vraie sérénité à la pensée que notre chère Maman repose désormais à Sainte-Adresse, auprès de papa. »

La Libération

Nous ne Croix de Lorraine dominant la plage de Courseulles-sur-Merle savons que trop bien : à compter du 6 juin 1944, la Normandie se retrouve au cœur de l’une des plus terribles batailles de tous les temps, qui laisse notre région ruinée et exsangue. Dès le 14 juin, amené d’Angleterre par le contre-torpilleur La Combattante, Charles de Gaulle pose le pied dans le secteur canadien de Juno Beach, du côté de Courseulles-sur-Mer. Il rencontre d’abord le général britannique Montgomery à son quartier général du château de Creullet (à Creully), puis prend la route de Bayeux, première ville libérée de France. Les Bayeusains l’accueillent avec ferveur, découvrant enfin la haute silhouette de l’homme qui, quatre ans durant, leur a parlé de victoire sur les ondes de la BBC. Le Général écrira dans ses Mémoires de guerre (L’unité 1942-1944) : « Alors, pour la première fois depuis quatre affreuses années, cette foule française entend un chef français dire que l’ennemi est l’ennemi, que le devoir est de le combattre, que la France, elle aussi, remportera la victoire. » La Marseillaise clôt son allocution ; chair de poule garantie pour tous les témoins de l’événement.

Le général de Gaulle s'exprimant à la tribune de l'hôtel de ville de Charbourg (© National Archives USA - DP)

Avant de regagner Portsmouth, Charles de Gaulle passe par Isigny, qui lui « fait l’honneur de ses ruines », et par « le bourg des pêcheurs, Grandcamp, lui aussi ravagé ». Le 20 août 1944, il est de retour, visite Cherbourg dévasté, puis traverse Coutances et Avranches, deux villes qui n’ont guère été plus épargnées par les ravages. Il n’a cependant qu’une seule idée en tête : Paris ! C’est pour obtenir de laisser une unité française marcher sur la capitale, qu’il se rend auprès du général Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe.

Il repassera en Normandie à la fin de l’année 1944, puis en 1945, honorant de sa présence « Le Havre, Rouen, Évreux, Lisieux et Caen ou, pour mieux dire, leurs décombres » (Mémoires de Guerre, Le Salut 1944-1946). On le verra plus tard de nouveau à Bayeux et à Coutances, ainsi qu’à Flers et Alençon, chaque fois accueilli par une foule en liesse.

Charles de Gaulle pronnonçant le discours de Bayeux, le 16 juin 1946
Charles de Gaulle à Bayeux en 1946 – Cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo sur le site de l’INA

 

La paix retrouvée

Dans l’après-guerre, Charles de Gaulle revient en Normandie à de multiples reprises, dont il serait fastidieux de dresser la liste et les circonstances. Retenons qu’il prononce un discours mémorable à Bayeux, le 16 juin 1946, au cours duquel il pose les bases de son programme politique et institutionnel, appliqué mot pour mot en 1958. Il y déclare notamment : « Dans notre Normandie, glorieuse et mutilée, Bayeux et ses environs furent témoins d’un des plus grands événements de l’histoire. Nous attestons qu’ils en furent dignes. C’est ici que, quatre années après le désastre initial de la France et des Alliés, débuta la victoire finale des Alliés et de la France, c’est ici que l’effort de ceux qui n’avaient jamais cédé et autour desquels s’était, à partir du 18 juin 1940, rassemblé l’instinct national et réformée la Le SNLE Redoutable, à la Cité de la Mer de Cherbourgpuissance française, tira des événements sa décisive justification. » On le reverra à Bruneval (Seine-Maritime), le 30 mars 1947, pour un nouveau discours prononcé devant des milliers de résistants, déportés et combattants de la France libre. Il reviendra souvent après l’instauration de la Ve République, notamment à l’arsenal de Cherbourg, le 29 mars 1967, pour le lancement du SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) Le Redoutable, aujourd’hui pièce majeure de la Cité de la Mer.

Stéphane William Gondoin

Orientation bibliographique : Bellamy David. De Gaulle et la Normandie. In: Études Normandes, 45e année, n°3, 1996. De Gaulle et la Normandie. pp. 4-28. Consultable en ligne ici.